Velesmes-Essarts
En Franche-comté, dans l’arrondissement de Besançon, à la lisière de la forêt de chaux, se démarque un petit village d’origine gauloise du nom de Velesmes-Essarts.
Je dis « se démarque » car il s’agit du village dans lequel j’ai grandi, celui dans lequel j’ai passé les plus belles années de ma vie. Il est les souvenirs, les joies, les peines, les gens, les amis, irremplaçables inoubliables.
Velesmes-Essarts compte environ 300 habitants. Tout comme le célèbre village gaulois d’Uderzo et Goscinny, il résiste et survit à l’envahisseur (Les grandes villes) et aux années qui passent si vite.
A Velesmes, il n’y a pas d’édifice, pas d’église, pas de château, pas de commerce (Boulangerie, épicerie bar-tabac …). Il n’y a que des Velesmois, fiers de leur histoire et de leur origine, fiers de leur pays de terres agraires et de leurs forêts de bouleaux, hêtres, chênes et pins.

Je suis arrière petite fille de Maréchal ferrant, petite fille de Cheminot et fille d’ouvrier qualifié dans le secteur agroalimentaire. Rien ne me prédestinait à devenir un jour, agent de maîtrise en comptabilité pour la plus grande entreprise française et pourtant si j’ai réussi à gravir les échelons, c’est grâce à ce village et à ce que j’y ai appris.
Lorsque nous étions enfants, la discipline et la rigueur était de mise. Nous avions intérêt à « filer droit » si nous ne voulions pas que la honte s’abatte sur nous (la fessée, le pantalon baissé, devant l’assemblée, vous ne connaissez pas ? Nous si !). Il faut dire que Velesmes était un village de catho donc automatiquement tout ce que nous pouvions faire, bêtise ou pas, était vu par le gentil monsieur présent dans les nuages au dessus de nos têtes, que les adultes appelaient « Bon Dieu » ou encore « Seigneur ». Pas la peine donc de se cacher ou de mentir, tout était très vite rapporté à nos parents … à l’instituteur … au village entier ? Gloups !
Ne croyez pas que nous étions des enfants malheureux, bien au contraire, nous étions des enfants vivants, polis, souriants, respectueux des autres et toujours prêts à aider. Les habitants nous aimaient, nous, enfants du village, la relève, nous qui allions reprendre le flambeau et faire perdurer l’esprit et la force de ce que nous sommes : des Velesmois.
Je suis loin de mon pays, de ma terre. Je suis, aujourd’hui, dans une contrée dangereuse, polluée par le mépris et la méchanceté gratuite, par le non sens et la bêtise démesurée, où chacun ne vit que pour soit, sans se soucier de celui ou celle qui se tient là, juste à côté.
Ici, les gens me traitent de campagnarde, de Laura Ingalls des temps modernes (ah oui et dernièrement de « cul béni ») et vous savez pourquoi ? Bah, parce que c’est la vérité, d’une certaine manière, et parce que je ne m’en cache pas, je dirais même que j’en suis particulièrement fière.
Entre vous et moi, je crois que ça les dérange que je ne veuille pas être comme eux, que ça les dérange de me voir toujours souriante et prête à rendre service, que ça les dérange de voir que de par ce que l’on m’a enseigné, de par mes origines, mon cœur déborde d’amour et de richesse qu’ils ne connaîtront jamais.
Velesmes-Essarts est un village sans prétention. Il n‘y a pas grand-chose à voir si ce n’est sa fontaine (qui n’est en réalité qu’un lavoir), sa chapelle chez la Rose JOUFFROY (Je vous demande juste une seconde, c’est un incontournable, dès lors que je passais devant chez la Rose, je m’arrêtais toujours pour l’embrasser, je ne vois pas pourquoi cela changerait aujourd’hui… Bonje la Rose ! ï viens t'faire ïn beco ! Ah oui, en Franche-comté, quand on parle de quelqu'un, on met toujours un « le » ou « la » devant son prénom : la Rose, le Jeannot, le Marcel, etc etc…)
Je disais donc, Velesmes, sa fontaine, sa chapelle, heu… ce que l’on appelait le château qui n’en est pas du tout un en réalité, juste une maison de style second empire sans doute habitée par le métayer ou son bailleur…. Hum quoi d'autre ... heu ....bïn i crois que c’est tout, le y a ren d’autre…. Oups pardon, le patois m’a rattrapée, c’est tenace le Franc-comtois !!!
Pour être un peu sérieux, Velesmes-Essarts, ce n’est pas de la vieille pierre à voir. Pour ça, il y a Besançon, Dôle ou encore Arc-et-Senans. Velesmes, c’est mon enfance, ce sont des valeurs de vie que je n’ai jamais connu ailleurs et qui sont encrées en moi à l’encre indélébile, c’est une grande famille, un énorme cœur battant qui apporte du soleil et de la chaleur aux hivers les plus froids.
Velesmes-Essarts, ce sont mes amis, mes compères de toutes ces années passées là-bas, qui savent qui je suis, qui ne m’ont pas oubliée malgré la distance et qui sont tout autant attachés à ce merveilleux village que je le suis.
